La demande en innovations est forte au Niger, particulièrement dans les énergies vertes mais l’écosystème est à renforcer. Pour l’heure, un incubateur aide les startups et les Universités à innover.

[World Tour] Niger: "Il suffit juste qu’on arrive à structurer l’offre et à la mettre en phase avec la demande"

Entretien dans le cadre de l’émission L'Atelier numérique sur BFM Business avec Almoktar Allahoury, à la tête de l’incubateur Cipmen.

L’Atelier: Après avoir travaillé en France et Sénégal dans le conseil, vous êtes revenu il y a un an au Niger, votre pays natal pour prendre la direction de Cipmen, unique incubateur actuellement dans le pays. Pouvez-vous nous en dire plus?

Almoktar allahoury: Exactement. Le Cipmen est un incubateur issu d’un partenariat public/privé dont Orange est à l’initiative. D’autres entreprises comme Total ou Veolia  nous apportent également leur soutien financier et technique. Actuellement, nous accompagnons quant à nous six entreprises : deux dans le secteur des énergies renouvelables et quatre tournées vers les technologies de l’information et de la communication.

Les quatre startups tournées vers les technologies de l’information et la communication – les TIC comme on les appelle – sont-elles tournées vers un usage local ou international?

Ces startups apportent une innovation d’usage et répondent à des problématiques locales. Ainsi, l’une concerne le transfert d’argent et l’autre l’organisation du pèlerinage pour aller à La Mecque. Pour ce qui concerne le pèlerinage, l’application créée permet de gérer tout le processus du pèlerinage : la réservation, le voyage, les préparatifs, l’information, le suivi médical, le suivi des hôtels. Toute la chaîne de valeur est prise en compte. Pour ce qui concerne l’outil de transfert d’argent, il s’agit de faciliter le transfert d’argent sur quasiment toute l’étendue du territoire africain.

L’existence de l’incubateur que vous dirigez témoigne de l’intérêt du Niger pour l’innovation. Fait-il écho à une culture de l’innovation très ancrée?

La culture de l’innovation n’est pas forcément très forte. Néanmoins, celle-ci existe a connu son apogée dans les années 1960-1970 dans le photovoltaïque et les énergies renouvelables. J’ai l’habitude de dire que je me lavais tout petit déjà avec de l’eau chauffée par un panneau solaire. Et c'était pareil pour mes parents. Donc on a cette culture-là dans des secteurs très spécifiques comme les énergies photovoltaïques et ce grâce aux recherches universitaires d’un certain nombre de chercheurs. Aujourd’hui, les initiatives que nous lançons par le biais de l’incubateur, permettent d’accompagner les Universités de façon à renforcer la recherche. Mais nous nous efforçons d’orienter ces recherches vers le business et le marché.

Quels obstacles rencontrez-vous actuellement dans vos démarches?

L’un des freins est institutionnel. Le cadre n’est pas vraiment favorable à l’innovation. Néanmoins il y a une charte de PME qui a été proposée et nous attendons qu’elle soit adoptée pour faciliter véritablement l’émergence des startups innovantes. Il manque peu car le marché est prêt et la demande à l’égard de l’innovation est forte. Il suffit juste qu’on arrive à structurer l’offre et à la mettre en phase avec la demande.

Comment font les start-ups pour trouver des aides et financer leurs projets?

Les banques sont frileuses un peu à l’instar des pays africains en général. L’État est également très peu présent dans le secteur de l’innovation et vis-à-vis des startups et plus globalement des PME. Si bien qu’aujourd'hui les PME qui résistent sont véritablement celles menées par de véritables  entrepreneurs passionnés et persévérants. Ainsi, lorsqu’il y aura des lendemains meilleurs, ces gens-là émergeront plus vite et accélèreront leur activité beaucoup plus rapidement. Pour l’heure, il y a une prise de conscience progressive tant par le secteur privé que public sur le développement durable et les « emplois verts ». Le gouvernement organise d’ailleurs un forum sur ce thème.

La présence de cet incubateur c'est déjà un signal fort adressé à l’égard des porteurs de projet et des start-ups innovantes. Mais alors pour vous, quelle est l’étape suivante?

Dans un premier temps, il s’agit de vraiment faire nos preuves et consolider notre écosystème. Il faudrait qu’on ait ce type de dispositif dans toutes les régions du pays pour permettre de développer des innovations localement et faciliter la vie des populations au quotidien.

 

 

 
Rédigé par Virginie de Kerautem
Journaliste