La rencontre d’un Zèbre et d’un Guépard

Mobileye a été créée en 1999 par Amnon Shashua et Ziv Aviram. Le premier est professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, expert en Computer Science et Machine Learning. Ziv a plutôt un profil business et a occupé le poste de CEO de 3 entreprises israéliennes dans le retail (Keter, Gali et Atrakzia). Dans la savane, on appelle cela un “Zèbre“. C’est un mammifère qui se caractérise par des rayures noires et blanches qui sont uniques, à l’image de l’empreinte génétique des êtres humains. Les zèbres sont donc différents de par leur pelage spécifique qui permet de se camoufler face aux prédateurs. Ils sont généralement dotés d’une bonne vision, d’une ouïe fine ainsi qu’un odorat et un sens du goût développés. Ce sont les caractéristiques paradoxales du zèbre qui nous intéresse : à la fois difficilement apprivoisable, se fondant dans le décor et se distinguant par ses rayures uniques. Dans le jargon de l’Atelier BNP Paribas, c’est une personne qui pense différemment, atypique, dotée d’une curiosité exceptionnelle, d’empathie et d’une lucidité intellectuelle pour résoudre des sujets complexes à l’image des enfants surdoués que l’on associe à des “zèbres“. Les zèbres sont des créatifs “rebelles“ ayant une vision périphérique du monde qui les entoure et la capacité à se faire remarquer de par leurs compétences uniques. Ce sont des visionnaires qui excellent de par leur capacité d’écoute, leur résistance et leur capacité d’adaptation dans des environnements différents. Dans le monde de l’entreprise, les zèbres peuvent aussi bien être des collaborateurs internes, des ingénieurs, des hackers “bidouilleurs“ que des acteurs externes à l’image des chercheurs qui se caractérisent par leur singularité. Ce sont des experts, virtuoses d’un champ disciplinaire disposant de compétences rares nécessaires pour relever des challenges business. 


Pourtant, on a tendance à considérer dans le milieu des affaires que les “zèbres“ ont peu de valeur et qu’ils sont éloignés des enjeux business et de la réalité économique. Or cette acquisition, la plus importante de l’histoire d’Israël (15,3 milliards $) démontre la valeur que peuvent avoir des zèbres pour l’économie de leur pays, pour une industrie et pour l’écosystème d’innovation local des guépards avec qui ils collaborent lorsqu’ils sont utilisés à bon escient.

Zebre

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Cheetah

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Dans la savane, un “Guépard“ est un mammifère carnassier à l’allure svelte et fine et qui est surtout connu pour être rapide avec une vitesse pouvant atteindre les 120 km/h. Ce sont de très bons chasseurs dotés d’une excellente vision à longue distance. Dans notre jargon à L’Atelier BNP Paribas, le “guépard“ est une personne audacieuse ayant un challenge business à relever, un état d’esprit entrepreneurial et les ressources nécessaires pour porter un projet. Un guépard est un business leader qui veut aller vite pour résoudre des défis business stratégiques auxquels il est confronté. Les “guépards“ se caractérisent par leurs compétences relationnelles et de communication. Dans l’écosystème israélien d’innovation, les “guépards“ ont de la “Chutzpah“, ie l’audace, le courage qui caractérise les entrepreneurs de la Startup Nation.

SERGEY BRIN a burning man

Sergey Brin

Symbole de la Silicon Valley fondé en 1968 par Gordon Moore (à qui l’on doit la fameuse “loi de “Moore), Robert Noyce & Andrew Grove (les 3 compères ayant quitté Fairchild Semiconductor spécialisée dans la conception et le développement de circuits intégrés), Intel incarne bien ce rôle de “Guépard“ de par sa contribution massive dans la révolution informatique et notamment la conception du premier micro-processeur en 1971. Les guépards sont importants à attirer car ils contribuent par exemple à la création d’emplois et de richesses au sein d’un écosystème : Intel est par exemple le premier employeur privé en Israël avec quelques 10 000 collaborateurs. Un ancrage dans l’écosystème israélien qui remonte en 1974, date de la mise en place à Haïfa dans le Nord d’Israël du premier centre de design et de développement de processeurs à l’extérieur des Etats-Unis.

Pourquoi les Guépards s’intéressent-ils aux Zèbres ?

Sérieusement concurrencé par Qualcomm dans le domaine des microprocesseurs, Intel recherche de nouveaux relais de croissance en réorientant une partie de sa R&D monde (plus de 12,1 milliards $ investis en 2015) jusqu’ici dédiée aux semi-conducteurs vers le véhicule autonome, parallèlement à la recherche au niveau des objets connectés, la 5G, l’intelligence artificielle, les modems cellulaires ou encore les technologies réseaux. 


En acquérant Mobileye, Intel développe sa stratégie de diversification non liée, c’est-à-dire “non core-business“. L’acquisition de Mobileye par Intel dépasse l’investissement annuel consacré par Intel à la R&D dans le monde toutes verticales confondues. Ce rachat démontre bien la dimension stratégique du véhicule autonome pour Intel qui serait “The Next Big Thing“.

Comment font-ils ?

La proximité entre Guépards & Zèbres constitue l’un des facteurs clés de succès. Intel est présent depuis plus de 40 ans en Israël, ce qui lui permet d’identifier les signaux faibles et d’avoir une vision prospective différenciante par rapport à ses concurrents. Intel, “Tech Company“ par excellence, ancre ainsi davantage ses capacités de R&D dans l’écosystème israélien, un écosystème dynamique qui compte plus de 5000 start-up, 9 universités, 60 incubateurs & accélérateurs d’innovation, 75 sociétés de Venture-Capital et 220 laboratoires de R&D de grands groupes (source : Global Startup Ecosystem Ranking, 2015). 


L’ancrage d’Intel dans la Startup Nation lui permet de détecter différents profils de “zèbres“ et de collaborer avec eux dans une approche en mode “Test & Learn“ en Israël, véritable laboratoire d’innovations technologiques où tout le monde connaît tout le monde ou finit par se connaître : ce que l’on appelle le “Bagel Phenomenon“. Les guépards et les zèbres ont besoin de se rapprocher pour co-innover et résoudre des challenges économiques et sociétaux.

QUELS MODELES DE STARTUP NATION ?

Startup Nation

La Tribune

La France devrait s’en inspirer

Le rapprochement entre Intel et Mobileye est un exemple de collaboration entre les écosystèmes d’innovation de la Silicon Valley et Israël, deux écosystèmes reconnus mondialement comme étant respectivement numéro 1 et numéro 2 dans les classements des écosystèmes d’innovation. Cette collaboration peut servir d’exemple à suivre pour d’autres territoires d’innovation et notamment la France. La France pourrait ainsi cultiver des “Zèbres“ pour la Silicon Valley et les “Guépards“ français devraient s’intéresser davantage aux “Zèbres“ français et israéliens. La France devrait s’inspirer du modèle israélien afin de développer davantage de licornes : la France en compte deux (OVH & Blablacar) sur un total de 186 dans le monde.

…en particulier sur les sujets Fintechs et Cybersécurité

Ma conviction est de développer la collaboration entre les écosystèmes d’innovation français et israéliens, notamment en matière de Fintechs et de Cybersécurité. Les deux écosystèmes peuvent bénéficier de leurs expertises mutuelles en matière d’innovation technologique. Les “Guépards“ et “Zèbres“ français et israéliens peuvent ensemble résoudre des challenges business et technologiques pour eux et leurs clients. Cette collaboration peut associer aussi bien des grands groupes, ETI ou PME avec des start-up ou des centres de recherche académiques, notamment dans le domaine de la Cybersécurité.

Rédigé par Yoni Abittan
Strategic Analyst, L'Atelier BNP Paribas