Smart city

Le futur sera-t-il géré sans les États ?

  • 13 Jui
    2018
  • 2 min

Les GAFA et autres BATX défient chaque jour un peu plus la puissance publique. Lors du Festival Futur.e.s, des pistes ont été avancées pour garantir la souveraineté numérique et faire front.

À l'occasion du Festival du numérique Futur.e.s, qui avait lieu du 21 au 23 juin dernier à la Villette, on a parlé du feu sacré de la souveraineté numérique et du super-pouvoir d'influence exercé par les nouveaux rois de la Silicon Valley et de l'Empire du milieu. Car la révolution numérique que l'on vit aujourd'hui est avant tout politique et les prochaines guerres mondiales – qui ont d’ailleurs commencé – seront bien cyber. Lors de la table ronde « Le futur sera-t-il géré sans les États ? », Henri Verdier, directeur de la Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'État (DINSIC), rappelle que même la CIA ne peut pas savoir ce qu'il se passe dans les laboratoires de recherche de Google. Il est donc impérieux de garantir la liberté et l'autonomie et donc la souveraineté des pays. C'est en cela qu'Henri Verdier présente l'État-plateforme comme une réponse à la toute puissance des GAFA, afin de garantir la souveraineté de l'Etat, l'autonomie des citoyens, et la transparence et l'éthique des algorithmes : « Nous pouvons penser et agir comme des plateformes, créer de la valeur pour défendre l'intérêt général et non pour générer des bénéfices pour les actionnaires. » Car aujourd'hui, rappelle-t-il, il est presque devenu impossible d'innover sans demander la permission à un GAFA : « Il faut demander la permission à Android, à PayPal, à Facebook Connect, à Google Maps [...] pour innover. » Judith Rochfeld, professeur de droit privé à l'École de droit de la Sorbonne et spécialiste de droit numérique rappelle que bien avant le scandale de Cambridge Analytica, Facebook, au titre de pourvoyeur de la recherche scientifique, avait mené en 2012 des expérimentations sur les émotions de ses utilisateurs, à leur insu. C'est en cela que le cadre juridique et réglementaire dont l'État est le garant prend tout son sens, en ce qu'il protège les citoyens. Mais s'il est un avenir peu souhaitable que celui d'un futur sans État, encore faut-il que celui-ci reste démocratique. D'autres questions peuvent légitimement être posées : notre destin collectif est-il décidé collectivement ? Et peut-on réellement exprimer l'intelligence collective d'un État ?

Rédigé par Oriane Esposito