Smart city

Inclure les marginalités dans la ville de demain est une priorité

  • 06 Juin
    2018
  • 2 min

Lors du Forum de l'OCDE, qui s'est tenu les 29 et 30 mai derniers, a été réaffirmée l'impérieuse nécessité, pour les gouvernements et les entreprises, de réduire les fractures urbaines et de recréer ce qui fait l'essence même d'une ville : le lien social.

Les différentes théories sur le futur de la ville, qu'elle soit résiliente, smart ou encore green, ont permis, au fil des années de remettre sur le devant de la scène le rôle social, économique et politique de la cité et ses implications en terme de développement humain. Ces études ininterrompues ont également remis en lumière les fractures territoriales (entre ville et campagne) et urbaines (entre centre et périphérie). Lors du Forum de l'OCDE, c'est cette question des "laissés pour compte" des politiques urbaines qui a été posée à l'auteure française Raphaëlle Bacqué, le sénateur espagnol Francisco David Lucas Parron et au président américain de la Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE, Richard Trumka. A mesure que la ville croît et s'optimise au profit de nouveaux outils de plus en plus performants, s'accroissent aussi les inégalités. En effet, l'émergence de ces nouveaux services digitaux qui font le rayonnement d'une nouvelle économie digitale centrée sur la data, fait peser le risque majeur d'une ville augmentée par le numérique mais inaccessible par les plus démunis et ceux qui n'ont pas les armes sociales, économiques et culturelles pour s'inclure naturellement dans ces environnements. Aussi, l'introduction de tels mécanismes pourrait faire peser plus de pression sur les ménages les plus pauvres et ainsi accélérer les mouvements de gentrification et donc d'isolement et d'exclusion. D'autant que, comme le rappelle Raphaëlle Bacqué, dont le discours s'inspire fortement de l'expérience sociologique dépeinte dans son ouvrage La Communauté, "cette fermeture sur soi est un problème majeur de nos sociétés actuelles et futures puisqu'elle engendre la création d'une communauté mentale forte jouant à la fois comme un refuge et comme une prison". D'autant que beaucoup de citoyens délaissés fuient peu à peu les sphères d'appartenance nationale pour s'inclure dans des communautés bien plus accueillantes mais aussi bien plus dangereuses. La prison devient alors un mouroir. Sur la commune de Trappes étudiée par l'auteure, une zone dortoir marginalisée et paupérisée, ce phénomène est particulièrement visible puisqu'elle a recensé près de 67 départs pour le Djihad en Syrie et une recrudescence du communautarisme religieux. Quand la foi en la Nation et en l'Etat de droit meurt, naît un nouvel espoir, une dernière espérance fondée sur un nouveau type de foi politique porté par le prêche. C'est pourquoi il est de l'impérieuse responsabilité des acteurs politiques de repenser les territoires urbains et périphériques (zones rurales comprises) afin de refonder un pacte sociale et national inclusif qui ne laisse personne sur le côté de la route, en périphérie de ses services, en marge de ses protections ou en dehors de ses frontières, de ses valeurs et de sa raison d'être : le bien commun ... de tous.

Rédigé par Théo Roux